Faire tomber les cloisons entre le monde éducatif et le monde du travail

Rappelant que « derrière l’exigence d’une scolarité de la réussite pour tous, l’emploi des jeunes devrait être une priorité de la Région » les élus Modem ont insisté sur l’impératif de rapprocher les lycées du monde du travail et de l’entreprise. En ce sens, Marie Christine Dirringer a défendu « l’élaboration d’une carte unique des formations professionnelles initiales du territoire afin de rendre l’orientation scolaire et professionnelle plus cohérente et lisible pour nos jeunes ». Pour Philippine Laniesse, « mondes éducatif et professionnel doivent être rapprochés pour faciliter les choix de projet de vie des lycéens ».

http://www.dailymotion.com/video/x4bjk9z

Pour parler de ce sujet clé, j’aimerais reprendre à mon compte quelques mots de Mohamed Sabri, directeur de l’association PlaNet ADAM à Clichy Montfermeil. Cette association vient en aide aux porteurs de projet dans toutes les étapes de la création d’entreprise au sein des zones urbaines et sensibles.

Mohamed Sabri, à propos de l’insertion des jeunes, disait ceci à l’Institut de l’entreprise il y a quelques mois : « On est jeune trop longtemps en France. (…) A 18 ans, la plupart des jeunes ne savent pas du tout ce qu’ils veulent faire. En fin de 3ème encore moins. Et pourtant, ils ont déjà fait des choix, ou on a fait des choix pour eux. »

A travers ces mots, bien sûr, il ne s’agit pas de demander à un adolescent d’être adulte avant l’heure, mais de lui donner les moyens de prendre des décisions justes – conformes à ses ambitions, ses envies, ses compétences – en lui permettant de faire des choix d’orientation en toute connaissance de cause.

Aujourd’hui, malgré un discours volontariste et des initiatives réelles au niveau national, monde éducatif et monde professionnel demeurent trop cloisonnés. Aucune acculturation réelle au monde de l’entreprise, même très progressive, n’est vraiment permise aux jeunes. Par la force des choses, cela retarde leur choix de projet de vie – ou le reporte à tout jamais si l’on n’attend pas qu’ils se décident et que l’on décide pour eux.

La vocation première de l’Ecole demeure bien sûr la transmission des connaissances mais, à l’heure des choix d’orientation, elle doit aussi être en mesure d’éduquer les lycéens aux règles qui régissent le monde professionnel, mais aussi aux opportunités qui s’ouvrent à eux.

A cet égard, j’aimerais insister plus particulièrement sur le bien-fondé de certaines des dispositions présentées :

– Les stages des lycéens en entreprise, les interventions de professionnels au sein des lycées… et en général tous les dispositifs qui privilégient le contact humain. Pour une raison simple : nombre de jeunes n’ont pas la possibilité, à travers leur cercle familial, leur lieu de résidence ou autre, de se constituer un début de réseau professionnel avant d’entrer sur le marché du travail.
C’est évidemment une discrimination très forte à l’embauche qui s’opère très tôt et dont il est difficile de se défaire. Le fait de favoriser les rencontres dans les lycées permet non seulement aux jeunes d’entrer en contact avec des professionnels, mais aussi d’avoir une meilleure expérience de l’approche humaine dans le monde du travail.

– Parmi les dispositions qui ont plus particulièrement retenu notre attention, je veux citer, également, l’idée d’un championnat francilien de mini-entreprises, et plus généralement la volonté de sensibiliser les jeunes à l’entrepreneuriat par l’initiation à la création d’entreprise.
Je suis convaincue que l’Ecole a un rôle majeur à jouer pour stimuler l’initiative individuelle et collective, l’esprit d’innovation mais aussi et surtout la prise de risque et l’acceptation de l’échec. L’entrepreneuriat est de mieux en mieux perçu par les jeunes Français au point que la moitié d’entre eux expriment le souhait de créer leur société. En revanche, l’échec est encore trop dévalorisé, alors qu’il est bien souvent une condition nécessaire au succès.

J’en profite pour dire un mot de Philippine Dolbeau. Cette jeune lycéenne et francilienne de 16 ans a remporté de multiples prix et a fait la une de nombreux médias pour avoir créé une start-up, New School. Une success story rendue possible grâce à un cours qu’elle avait suivi en seconde, consacré à la création d’une mini entreprise. Alors, bien sûr, il ne s’agit pas de prétendre que nous allons générer toute une génération d’entrepreneurs en puissance, mais cela montre bien les vertus de l’apprentissage concret.

Plus généralement, j’en profite pour insister, comme c’est le cas dans le rapport, sur l’importance de soutenir de s’appuyer sur des initiatives déjà existantes, notamment associatives.

Je pense par exemple à l’association Entreprendre pour apprendre qui déploie des actions nombreuses pour favoriser l’esprit entrepreneurial auprès des jeunes de 8 à 25 ans.

Mais aussi à des associations moins connues, plus localisées, qui apportent une vraie plus-value à leur territoire. Comme l’association brétignolaise LFC qui initie les jeunes de quartiers populaires au monde professionnel en leur faisant visiter des entreprises, et qui organise des conférences à grande échelle sur l’entrepreneuriat.

Bref, dans ce domaine comme dans tant d’autres, capitalisons sur l’énergie et l’expérience des acteurs franciliens.

Un dernier mot sur ce qui est selon moi un aspect essentiel. Nous sommes très satisfaits que l’on se saisisse de ce sujet au niveau régional mais, tant qu’à le faire, ne nous contentons pas de combler notre retard.

Il ne faudrait pas oublier les singularités des tendances à venir du marché du travail en Île-de-France. En particulier, le développement du secteur du numérique et tout ce que ça engendre du point de vue des nouvelles formes de travail et de la prolifération des emplois non-salariés.

Il faut aussi préparer nos lycéens à cette réalité grandissante et à tout ce qu’elle peut avoir de déboussolant. Free-lance, auto-entrepreneuriat, start-up, co-working : tant de termes sur lesquels on adosse souvent des représentations assez floues mais dont on ne saurait reculer la progression.

Donnons-nous donc aussi l’objectif d’éduquer mieux les professeurs et les conseillers d’orientation, non seulement à ces notions, mais surtout à ce qu’elles recouvrent de plus concret. Et soyons le plus honnête possible avec les lycéens en leur donnant toutes les clés pour appréhender cette reconfiguration du monde du travail.

Partager sur
  • Partager via Facebook
  • Partager via Google
  • Partager via Twitter
  • Partager via Email