Yann Wehrling « Haïti, les inondations, nos agriculteurs nous rappellent que le réchauffement climatique est réel ! »

A l’occasion des questions orales de la séance plénière du Conseil régional des 13 et 14 octobre, Yann Wehrling a rappelé la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique et appelle – à l’approche de la COP 22 – à ce que la Région Ile-de-France affiche sa détermination à être parmi les Régions du monde pilote dans l’appui aux victimes et en première ligne dans la lutte contre le changement climatique.

 

« Madame la Présidente,

Ma question portera sur l’action internationale de la Région et je veux évoquer deux sujets qui ne sont pas sans rapport.

Le premier est l’ouragan Matthew qui, le 3 et 4 octobre dernier, a frappé très rudement plusieurs pays du continent américain mais dont l’impact a été particulièrement dévastateur en Haïti.

473 morts, 75 disparus, 339 blessés et plus de 175 000 personnes déplacées, selon un bilan officiel encore partiel.

Le gouvernement haïtien estime que 350 000 personnes avaient besoin d’aide après le désastre. L’UNICEF estima le 8 octobre le nombre de personnes touchées à 1,3 millions, soit 10% de la population Haïti, dont 500 000 enfants. Aujourd’hui encore, ce sont près de 16 000 personnes qui se trouvent toujours dans les refuges temporaires avec tous les risques d’aggravation du bilan humain avec la propagation du choléra, présent dans le pays depuis le séisme de 2010. (75 cas de choléra déjà recensés au 9 octobre), laissent présager un bilan encore plus lourd.

La France a envoyé 68 tonnes de marchandises dont beaucoup de médicaments et de kits anti-choléra ainsi que deux stations de production d’eau potable. Les Nations Unies réclament 120 millions de dollars US pour subvenir pendant trois mois aux besoins urgents de ce pays de 10,5 millions d’habitants.

L’OMS en Haïti a précisé que les besoins en assistance médicale devaient passer par les institutions, dont les associations non gouvernementales, qui travaillent déjà dans le pays car elles disposent de capacité de communication en créole, en Français et de la connaissance nécessaires des communautés locales. Ce sont les acteurs les plus efficaces.

L’OMS souhaite éviter la période qui a suivi le séisme en 2010 pendant laquelle l’aide médicale avait subi de graves manquements de coordination. Elle fut quasi inexistante dans de nombreux endroits sinistrés de l’Île.

Le reboisement est l’une des meilleures façons d’amortir l’impact dévastateur des ouragans et tempêtes tropicales. Malheureusement, les expériences de reboisement en Haïti ont pour la plupart échoué par manque de coordination avec les populations locales.

La commission permanente a voté hier à l’initiative de la Présidente une subvention de 50 000€ à l’ONG ACTED qui participe déjà aux travaux de déblaiement et de distribution d’articles de première nécessité. ACTED propose grâce à cette subvention de venir en aide à la population de Jérémie (43 000 habitants) en fournissant une aide à la réhabilitation des maisons et du réseau d’adduction en eau de la ville.

L’ONG ACTED est présente en Haïti depuis 2004.

Cet évènement climatique, s’ajoutant à tant d’autres au cours des dernières années, doit nous rappeler s’il en était besoin que le climat est une donnée économique et sociale dont nous devons tenir compte, et dont il faudra tenir compte de plus en plus. Car il est peut-être un lien qui n’est pas encore systématiquement relevé : c’est que tous ces évènements, et au fond ce que nos agriculteurs ont connu cette année est aussi en rapport avec le climat, c’est que le changement climatique n’est plus un sujet qui nous frappera dans les années futures, il est bel et bien présent dès aujourd’hui dans notre quotidien. Les dégâts et les coûts qu’il engendre devraient d’ores et déjà être comptabilisés dans un grand cahier des comptes climatiques et si l’on voulait bien réaliser cet exercice on pourrait d’ores et déjà constater ce que Nicolas Stern disait il y a une dizaine d’années dans son rapport qui a fait date : le cout de l’inaction sera plus élevé que le cout de l’action. Ne serait-ce qu’à notre niveau, si on additionne les aides de la Région suite aux inondations, l’aide aux agriculteurs et notre action actuelle pour Haïti… tout cela n’a qu’une seule cause : l’accélération du changement climatique qui ne sera pas qu’une succession d’hivers doux ressentis comme une chose agréable, mais bel et bien des coûts et des dépenses lourds pour notre économie et nos comptes publics.

Madame la Présidente, c’est donc bien d’action concrète de lutte contre le changement climatique dont il est question. De lutte contre le changement climatique, il en sera question à Marrakech dans quelques jours ou la COP 22, du 7 au 18 novembre. La bonne nouvelle, ce sera qu’elle débutera dans l’ambiance positive d’une ratification de l’accord de Paris qui vient de survenir au bénéfice de la signature d’un nombre suffisant d’Etats. La mauvaise nouvelle, c’est que la réalité nous rattrape à grand pas. Et si certains contestent encore la réalité de la responsabilité humaine dans ces changements climatiques, soyons, pour notre part, non seulement en totale responsabilité en assumant et en revendiquant les constats scientifiques d’une responsabilité évidente dans cette grave crise environnementale mondiale. Haïti, nos agriculteurs, les Franciliens victimes des inondations sont là pour nous le rappeler.

La région Ile de France a montré son engagement tant dans le soutien aux populations d’ores et déjà les plus frappées par les événements climatiques comme celui d’Haïti.

A Haïti, comme à Marrakech, Madame la Présidente, je vous invite à afficher notre détermination à être parmi les Régions du monde pilote dans l’appui aux victimes du changement climatique et pilote également, en amont, dans la lutte contre le changement climatique. »

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