Déserts médicaux « La question qui se pose est celle de l’incitation des jeunes médecins à s’installer dans les zones déficitaires »

Sandrine LAMIRE, présidente de la Commission santé, s’est exprimée sur le dispositif « lutte contre les déserts médicaux » présenté par le Front National lors de la séance plénière du Conseil régional des 17 et 18 novembre. Pour l’élue MoDem, cette « niche » n’est pas à la hauteur de la situation que connaissent nos territoires et comporte des mesures déjà réalisées ou irréalisables et non budgétées.

« Chers collègues,

La France n’a jamais eu autant de médecins, pourtant la désertification médicale ne cesse de s’accroitre. Le problème n’est donc pas le nombre de professionnels de santé, mais sa répartition sur le territoire et force est de constater  que l’Ile de France n’est pas épargnée.

L’accès aux soins de qualité pour tous les citoyens est une exigence fondamentale et doit être une priorité pour tous les gouvernements car ce déséquilibre pose un véritable problème de santé publique.

Nous partageons évidemment l’état des lieux avancé par votre groupe sur la désertification que connaît notre région, qui s’appuie sur des études réalisées par l’ordre des médecins ou l’ARS.

Mais au-delà de ce constat partagé, les propositions que vous formulez ne présentent aucune plus-value par rapport aux dispositions déjà mises en œuvre par l’Etat, par la CNAM comme par les institutions décentralisées tels que les départements ou les régions.

Plusieurs de vos préconisations existent déjà : la géolocalisation des médecins mais également la téléconsultation. En effet, au travers du SAMU une plateforme d’aiguillage permet d’établir un télédiagnostic selon les symptômes décrits au téléphone et apporter des réponses en termes de soins ou suivi nécessaire. J’ajoute également le programme régional de télémédecine de l’ARS.

Vous mettez également l’accent sur les formations sanitaires et sociales. Elles ont déjà été identifiées dès le début de cette mandature car elles permettent de répondre à un double enjeu : l’insertion professionnelle des demandeurs d’emploi qui bénéficient de la gratuité  des formations d’aides-soignants et auxiliaires de puériculture et la réduction des inégalités en matière de santé puisqu’elles pallient les carences de professionnels et de services à la personne.

A propos des dépistages dans les gares ou via un bus, cette présence médicale ne pourra pas dépasser le stade de la prévention, par conséquent est-ce utile de mobiliser le corps médical que nous savons déjà largement débordé ?

La vraie question est : comment inciter les jeunes médecins à s’installer dans les zones déficitaires ? Car seulement 10% des médecins formés s’installent en tant que médecin généraliste dans un cabinet et rarement dans les zones où la population en a le plus besoin.

Les raisons sont nombreuses :

  • les zones rurales sont peu attractives pour les jeunes médecins car il existe des contraintes géographiques lourdes avec des territoires larges et des patients souvent très éloignés des lieux de consultation. L’intérêt financier est donc très difficile à trouver.
  • S’installer à son compte contraint les médecins à des investissements conséquents, notamment en matière d’accueil PMR ou, selon la spécialité, pour l’acquisition et le renouvellement de matériel de pointe.
  • les jeunes médecins aspirent à une meilleure qualité de vie, souhaitent une organisation de travail différente avec des horaires moins tardifs et des astreintes moins nombreuses.

C’est pourquoi ces professionnels de santé sont nombreux à privilégier le salariat qui les libère d’un grand nombre de contraintes et ce ne sont pas des indemnités de transport ni même les allégements fiscaux sur lesquels nous n’avons d’ailleurs pas la main, qui solutionneront cette désertification. Il existe déjà pléthores d’aides à l’installation proposées par l’Etat et les collectivités pour attirer sur les territoires en pénurie. En vain…

Je crois plus profondément que cette question de désertification devrait nous inciter, toutes institutions confondues, Etat, communes, départements, régions, CNAM, à travailler ensemble afin de proposer des solutions affinées qui prennent en compte toutes les problématiques.

Pour toutes ces raisons nous ne voterons pas cette délibération.

Je vous remercie. »

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