Propositions de Béatrice Lecouturier pour la défense et la valorisation du patrimoine d’Île-de-France

Suite au vote à l’unanimité de l’assemblée régionale de la proposition du Groupe CD d’une nouvelle politique en matière de protection du patrimoine d’Île-de-France, Béatrice Lecouturier a rendu à la présidente du Conseil régional, un rapport d’information sur le sujet en juin dernier. 

Ce rapport s’attache à cibler les points d’amélioration de l’action publique en la matière et soumet plusieurs propositions :

  • un nouveau régime d’aide aux projets des collectivités et des associations franciliennes
  • une plateforme interactive et collaborative
  • un partenariat avec la fondation du patrimoine pour bénéficier de son expertise et du mécénat d’entreprise et populaire
  • un label « capitale régionale du patrimoine » pour fédérer les acteurs des territoires d’Île-de-France

 

 

Madame la Présidente,

Dans le prolongement de la délibération du groupe du Centre et des Démocrates relative au patrimoine francilien, adoptée à l’unanimité par l’assemblée plénière du 10 mars dernier, vous m’avez confié le soin d’approfondir ce sujet afin d’éclairer votre réflexion à la veille de choix importants relatifs à la définition d’une nouvelle politique régionale de protection et de valorisation du patrimoine non-protégé d’Île-de-France. Une politique qui s’inscrit dans la nécessité plus large de mise en valeur des actions culturelles régionales, qui correspond à une réelle attente des Franciliens qui savent l’importance que revêt la culture, son accès, son foisonnement, dans l’attractivité de notre région et qui participe pour une part déterminante au « bien-vivre » et à la cohésion sociale.

Ces motivations sont d’ailleurs à l’origine du choix que nous avons fait de proposer à l’assemblée régionale d’évoquer le sujet du patrimoine de proximité qui, comme vous le soulignez dans votre lettre de mission, incarne la mémoire des quartiers et des villages et mérite une attention égale à celle que nous réservons de longue date au grand patrimoine historique.

Le débat que nous avons eu lors de la séance plénière a d’ailleurs démontré que la valorisation de notre patrimoine régional était une préoccupation partagée par tous les groupes représentés dans notre assemblée. Tous les orateurs ont ainsi souligné combien la mise en valeur de ce patrimoine était importante pour tous nos territoires, à la fois du point de vue culturel et mémoriel, mais également comme créatrice de lien social et moteur économique et touristique. Ainsi, ce thème qui participe pleinement de l’économie culturelle a toute sa place au cœur des compétences attribuées à notre région par le législateur.

Béatrice Lecouturier

Table des matières

  1. Le patrimoine francilien, inventaires de l’inventaire 
  2. La nécessité d’un nouveau cadre d’action et de soutien 
  3. Un cadre et des supports nouveaux pour mieux répondre aux attentes 
  4. Une plate-forme interactive et collaborative 
  5. La fondation du patrimoine 
  6. La création d’un label « Capitale régionale du patrimoine » 

1. Le patrimoine francilien, inventaires de l’inventaire

Le service régional de l’inventaire, compétence transférée à la Région par la loi de décentralisation de 2004, a constitué un inventaire exceptionnel fort de 16 700 dossiers et de 160 000 photographies, qui permet une cartographie raisonnée de tous les patrimoines du 5ème siècle à nos jours : urbain, rural, industriel, privé, public, ordinaire ou remarquable… C’est évidemment un inventaire en constitution permanente dans la mesure où la notion même de patrimoine évolue et s’enrichit au fil des ans mais également des préoccupations et des affinités des générations qui se succèdent. Dans tous les cas, cet inventaire est un outil particulièrement précieux en des temps de grands bouleversements urbains et d’aménagement du territoire à grand risque pour le patrimoine surtout lorsque celui-ci ne bénéficie d’aucune protection.

La démarche du service régional des patrimoines et de l’inventaire dépasse évidemment la constitution d’un simple inventaire pour s’attacher à une mise en valeur et en perspective des bâtis recensés en les replaçant dans leur contexte historique. Outil exceptionnel en direction des chercheurs, une part de l’inventaire francilien est également accessible au grand public via le site internet de la Région ou en cliquant directement sur le lien : http://patrimoines.iledefrance.fr/ pour la globalité des actions conduites et le lien http://inventaire.iledefrance.fr/ qui propose, outre l’inventaire général et les études en cours, une carte de navigation avec plus de 1500 dossiers documentaires. Il existe enfin des ouvrages  imprimés au nombre actuel de  70, et quelques supports multimédia comme le DVD sur la cathédrale de Meaux ou l’audioguide sur les parcours des boucles de la Marne.

Ces études s’appuient sur des partenariats avec l’ensemble des collectivités territoriales, départements et communes. Toutefois, les élus locaux que j’ai rencontrés ignoraient pour la plupart l’existence du service régional de l’inventaire et son  colossal travail de constitution minutieuse d’un répertoire complet des patrimoines franciliens. Il serait sans doute très utile de renforcer l’interaction et les échanges entre ce service de la Région et les élus locaux, notamment les maires qui sont en première ligne dans le signalement de ce qui fait sens et histoire de leurs communes, et dans la démarche de sauvegarde lorsqu’elle s’avère nécessaire.

Le service des patrimoines et de l’inventaire a également pour mission la valorisation du patrimoine francilien à travers l’organisation de manifestations dédiées et la gestion des aides destinées au patrimoine non protégé ainsi que les crédits affectés à l’entretien et à la restauration des immeubles, orgues et objets mobiliers protégés n’appartenant pas à l’État ou à ses établissements, à titre expérimental.

Au-delà de cette démarche régionale d’inventaire existent de très nombreuses initiatives de valorisation et de compréhension du patrimoine classé ou pas. De très nombreuses associations constituées par des passionnés disposent d’un savoir vigilant qui mérite évidemment d’être mis en valeur. Les élus locaux, notamment des villages, petites villes et villes moyennes, ont peu à peu construit une connaissance fine de leurs territoires. Certaines villes sont également organisées en réseau afin de valoriser une histoire commune et donc un patrimoine identifié comme tel, à l’instar de la marque « ville impériale » qui concerne plusieurs communes d’Île-de-France.  Il faut citer également les parcs naturels régionaux qui, via leurs sites internet, valorisent, dans une démarche positive et volontaire, le patrimoine. A titre d’exemple, le parc naturel régional du Vexin français qui a contribué, depuis sa création à recenser, à préserver et à valoriser son patrimoine a été, le premier à obtenir le label « Pays d’art et d’histoire ». Quant à la fondation du patrimoine, grâce aux bénévoles qui œuvrent au sein de ses délégations départementales, elle dispose également d’informations précieuses sur le patrimoine et son état de conservation. Le STIF et la SNCF ne sont pas en reste qui ont développé une application dénommée HAPI qui associe trajets et patrimoine.

Il faut citer enfin les CAUE d’Île-de-France (Conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement) créé par la loi de 1977 sur l’architecture, qui ont pour vocation la promotion de la qualité architecturale, urbaine, paysagère et environnementale, et assurent leurs missions en déployant des compétences à la fois techniques et culturelles.

Ce foisonnement dont la liste ci-dessus est loin d’être complète, est l’assurance d’une connaissance extrême, passée au tamis le plus fin, de tous les patrimoines de l’Île-de-France. Il mérite naturellement d’être « confronté » et « raisonné » afin que rien de ce qui fait la mémoire de nos territoires n’échappe malencontreusement à notre vigilance.

2.    La nécessité d’un nouveau cadre d’action et de soutien

En février 2014, la région a adopté un premier dispositif d’aide fléchant plus particulièrement le bâti patrimonial industriel et du 20ème siècle ainsi que le bâti rural lié au maraîchage, à l’horticulture, à la viticulture et aux grandes cultures, reconvertis à des usages dédiés aux services rendus localement aux Franciliens. Adoptée très tardivement lors de la précédente mandature, cette délibération n’a pas rendu les effets escomptés. Elle ne permettait pas non plus de couvrir toute la variété et la richesse du patrimoine francilien au risque de voir disparaître à jamais des édifices, des ouvrages ou des ornementations à la valeur historique et esthétique indéniable. Enfin, son système de financement construit sur des appels à projets « classiques » ne permettait pas la prise en compte – que nous croyons nécessaire – des actions citoyennes et de la mobilisation du grand public dont l’engouement pour le patrimoine ne cesse de croître.

A titre de preuve, les journées européennes du patrimoine rassemblent plus de 12 millions de personnes et les émissions culturelles qui foisonnent sur toutes les chaînes de télévision tout autant. La prise de conscience de nos concitoyens est réelle est de longue date. Ils savent et ils pressentent que « le patrimoine architectural est un capital spirituel, culturel, économique et social aux valeurs irremplaçables » pour reprendre l’affirmation si juste de la convention-cadre du Conseil de l’Europe. Une convention où il est précisé, également de manière parfaitement juste, que « chaque génération donne une interprétation différente du passé et en tire des idées nouvelles. Toute diminution de ce capital est d’autant plus un appauvrissement que la perte des valeurs accumulées ne peut être compensée même par des créations de haute qualité. Ces témoignages ne sont assurés de survivre que si la nécessité de leur protection est comprise par les plus grand nombre et spécialement par les jeunes générations qui en auront demain la responsabilité. » Sans présomption de notre part, c’est cet objectif vertueux et ambitieux que nous avons, à la région Île-de-France, le devoir de nous fixer.

3.    Des supports nouveaux pour mieux répondre aux attentes

Au fil des rendez-vous, notamment avec les maires franciliens, une première évidence s’est imposée. Celle de « faire-savoir » et de porter à la connaissance de tous, Franciliens et touristes, l’immense richesse et la variété infinie des patrimoines de notre région. D’autant que ce « faire-savoir » est le premier geste de sauvegarde pour un patrimoine souvent fragile, menacé, pour lequel aucun moyen de protection n’est disponible. Or des enquêtes conduites dans plusieurs départements ont montré que depuis cinquante ans, un cinquième des édifices représentant un intérêt culturel ont disparu ou sont irrémédiablement dénaturés. Il est donc urgent d’agir. Non pas en ciblant tel ou tel catégorie de patrimoine, tel ou tel siècle, mais en privilégiant sans aucun doute le bâti fragilisé ou menacé de dénaturation et de destruction.

« Faire-savoir » c’est aussi le moyen le plus efficace pour sensibiliser et mobiliser les citoyens autour d’un projet de sauvegarde. Enfin, « faire-savoir » c’est participer pleinement de la nécessité de valoriser le patrimoine culturel et d’encourager le voyage culturel et patrimonial qui est, selon l’UNESCO, l’un des segments du tourisme qui connaît la croissance la plus rapide.

La deuxième évidence énoncée par les élus locaux c’est celle du « savoir-faire » car tous sont conscients de l’enjeu de préserver le patrimoine qui un élément central de mise en valeur de leur commune. Or, bien souvent, le patrimoine à sauver appartient à un propriétaire privé susceptible de vendre, de dénaturer ou de démolir un bien qui possède, pour les habitants, pour la ville, une valeur historique, architecturale et mémorielle, indiscutable. Sans classement ni inscription, la seule contrainte juridique réside dans le PLU ou la révision du POS qui permet d’identifier et de recenser les édifices non protégés, caractérisés par leur architecture typique dans le cadre d’un inventaire topographique communal. Mais cette « contrainte » est un moyen de gagner du temps, en aucun cas d’avoir la certitude de sauver ce qui mérite de l’être. Il apparaît donc indispensable pour les élus comme pour les propriétaires de connaître le plus finement possible l’ensemble des dispositifs d’aides, de montages de projet, permettant de sauver un patrimoine en péril.

A tous ces enjeux : inventaire porté à la connaissance de tous, moyens de sauvegarde et de mise en valeur, dispositifs d’aides, initiatives citoyennes et associatives, appropriation de la mémoire des territoires par les habitants, développement touristique, le numérique qui procure un champ immense de possibilités, d’arborescence infinie, est la réponse la plus adéquate.

4.    Une plate-forme interactive et collaborative

C’est évidemment le cœur de notre proposition, car cette plate-forme est la bonne réponse à la dispersion actuelle de l’information, contraignant les acteurs du patrimoine, associations, élus locaux, et surtout citoyens, à de recherches fastidieuses, multiples, chronophages, pour y voir clair avant de s’attaquer au montage même des projets de sauvegarde ou de valorisation. C’est une énergie perdue et parfois du découragement qui conduit à renoncer. La « facilitation » est donc la clé de la préservation de notre patrimoine commun et je me félicite que cette idée ait été retenue par notre assemblée régionale.

La refonte du site Internet de la Région étant programmée, l’opportunité nous est donc offerte de proposer à toutes celles et tous ceux qui sont investis en faveur du patrimoine des points d’entrée propices à faciliter leur démarche. Ceci correspond en outre à la volonté de faire de la culture un élément central de la politique régionale. Vous avez décidé à juste titre, et avec notre entier soutien, d’inscrire dans les priorités de la mandature la refonte de la politique culturelle régionale afin qu’elle devienne accessible à toutes et à tous, et pour tous les territoires d’Île-de-France. De ce point de vue, la protection des patrimoines franciliens est d’évidence au cœur de cette résolution.

C’est un immense chantier mais c’est un chantier passionnant.

Suite à nos échanges avec les agents de l’inventaire et la direction de la communication, nous vous proposons de lancer une plateforme régionale sur le patrimoine francilien. Agrégeant l’ensemble des données déjà collectées et celles des autres collectivités et des acteurs publics et privés, nous pourrons offrir aux Franciliens une véritable porte d’entrée pour ceux qui souhaitent en savoir davantage sur l’histoire de leur territoire. La commission nationale de l’UNESCO nous a également affirmé son intérêt pour prendre part à une telle initiative en mettant à contribution son réseau d’acteurs impliqués. Cette plateforme pourra également intégrer une dimension participative en incitant les Franciliens à contribuer financièrement à la protection du patrimoine via une convention avec la Fondation du Patrimoine et à verser leurs recherches historiques sur les éléments du patrimoine francilien.

La valeur de ce travail de collecte déjà bien entamé n’est pas uniquement historique. Notre conviction est qu’elle peut aussi servir au développement économique de notre territoire en améliorant la compétitivité du secteur touristique. La crise de ce domaine d’activité depuis 2015 ne sera résolue qu’avec un renouvellement de l’offre touristique en Île-de-France. En 2014, l’OCDE a montré que le tourisme international avait profondément évolué : la moyenne d’âge des voyageurs est bien plus élevée (23% ont 55 ans ou plus) et ils privilégient les déplacements courts non loin de chez eux, sortant des sentiers battus et préférant les vacances à thème : culture et patrimoine, gastronomie et vins.

Nous vous proposons donc de décliner l’inventaire régional en une application à destination des Franciliens et des touristes étrangers. Cette dernière a déjà été développée par le STIF et la SNCF, il s’agit de l’application « HAPI » qui existe depuis 2014 et continue d’être déclinée dans de nombreuses langues étrangères (anglais, allemand, espagnol, chinois et bientôt russe). Les acteurs rencontrés au sein de l’opérateur régional et de l’entreprise publique nous ont confirmé leur intérêt pour voir s’agrandir le cercle des partenaires de cette application.

Un partenariat pourra ainsi être recherché afin d’apporter la plus-value du conseil régional :

  • Améliorer la visibilité de l’application auprès des Franciliens et des touristes au moyen d’une opération de communication qui fait défaut à cette application depuis son lancement. Plusieurs idées originales pourraient être recherchées pour bénéficier de l’engouement des citoyens pour le patrimoine local : week-end de lancement, serious game, carte aux trésors etc.
  • Compléter les lieux et anecdotes historiques recensés des items pertinents inventoriés par la Région afin de valoriser le travail de recherche régional.
  • Proposer une démarche collaborative en incitant les citoyens à proposer des lieux, à les commenter ou à les classer.
  • S’inspirer de la modernisation de Via Navigo pour ajouter de nouveaux modes de transport au calculateur de trajet de l’application, qui ne comporte pour l’instant que les transports en commun, pour accorder une plus grande place au vélo, à la marche à pied, au co-voiturage et aux voitures en libre-service.
  • Intégrer une nouvelle fonctionnalité : un calculateur de parcours interactifs qui prennent en compte les préférences de l’utilisateur (durée, mode de transport, type de patrimoine, animations etc.) pour proposer une ballade sur le patrimoine incluant plusieurs arrêts.

Cette démarche partenariale doit en effet comprendre un aspect proprement touristique. La préservation et la sauvegarde du patrimoine doivent évidemment être accompagnées, étayées, par une démarche de valorisation à destination du public touristique, notamment les touristes d’origine francilienne qui souhaite pousser leur curiosité vers des parcours plus intimes, plus secrets, moins fréquentés, et sortir ainsi des visites de grands vaisseaux amiraux que sont les monuments historiques.  La demande pour ce type de tourisme, recentré sur une journée, à moins d’une heure de chez soi, est en hausse constante. Le dézonage de la carte Navigo, les offres combinées avec le vélo, la randonnée pédestre, répondent aisément à cette nouvelle demande et il serait utile que le portail que nous imaginons en faveur du petit patrimoine ouvre une fenêtre sur un catalogue de parcours pour toutes les envies de très court séjour. D’après les informations que j’ai recueillies, le service de l’inventaire et du patrimoine qui souhaite à juste titre mettre en valeur les « pépites » de notre région et participer à une démarche de vulgarisation de son immense catalogue, ainsi que le comité régional du tourisme d’Île-de-France ont déjà amorcé une réflexion sur ce sujet de la construction de parcours thématiques. Dans une formule à bâtir dans le détail, on pourrait imaginer de créer un lien entre le site du CRT et la plate-forme, afin que soit doublement valorisé le petit patrimoine tout à la fois cartographié et légendé d’un côté et de l’autre, inscrit dans une démarche touristique.

5.    La fondation du patrimoine

Cette fondation créée par la loi en 1996, reconnue d’utilité publique l’année suivante, dispose désormais d’une légitimité incontestée qui fait d’elle l’interlocutrice incontournable dans le domaine de la sauvegarde du patrimoine non protégé, tout particulièrement le patrimoine rural. Partenaire « naturel » des collectivités locales, elle est également liée par une convention avec de très nombreux départements et  régions françaises, à l’exception de l’Île de France. Les maires que j’ai eu l’occasion de rencontrer lors de ma mission m’ont d’ailleurs tous dit la grande qualité de leur collaboration avec les équipes de la fondation constituées par des délégués départementaux et régionaux, tous bénévoles mais qui sont des experts de grande qualité et surtout des « veilleurs » hors pair du petit patrimoine.

Construit sur un modèle profondément original, le soutien financier de la fondation compte trois sources : un part d’argent public, le mécénat d’entreprise et de particuliers ainsi que l’appel à la générosité, via les souscriptions dont le montant récolté a d’ailleurs été multiplié par quatre depuis 2006.  Ce modèle de partenariat « public-privé » a permis depuis l’année 2000, de rénover près de 16 000 édifices privés et plus de 4000 édifices publics. Parmi ces biens, une écrasante majorité est de nature rurale ou agricole. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes pour dire l’excellence du travail effectué et préfigurent la qualité de la collaboration souhaitée entre la fondation du patrimoine et notre région.

Outre le fait « de contribuer à la sauvegarde des monuments, édifices, ensembles mobiliers ou éléments remarquables des espaces naturels ou paysagers menacés de dégradation, de disparition ou de dispersion », la fondation s’est vu assigner par la loi une autre mission qui peut s’avérer fructueuse pour l’Île de France : celle de concourir à l’emploi, à l’insertion, à la formation et à la transmission des savoir-faire dans les secteurs de la restauration et de la valorisation du patrimoine et des sites. Monsieur Guy Sallavuard, directeur des relations institutionnelles de la fondation m’a confirmé tout l’intérêt porté à la valorisation de ces métiers d’exception dont la disparition serait une perte irrémédiable pour le « savoir-faire » français à la réputation internationale. Dans cette perspective, la fondation pour le patrimoine fait donc appel tout à la fois à des entreprises d’insertion et soutient les métiers d’art, à travers notamment ses fondations abritées. La Fondation gère également un fonds national pour les métiers du patrimoine qui permet, entre autres, de soutenir des centres de formation et des collectivités locales porteurs de projets de mise en valeur et de transmission des métiers liés à la sauvegarde du patrimoine.

Plus largement, la fondation pour le patrimoine se félicite d’une collaboration future avec notre région dont le soutien financier offrirait un effet de levier particulièrement fécond. Du côté de la région, le bénéfice sera d’égale importance, la fondation apportant une expertise patrimoniale de très grande qualité et une maîtrise avérée des financements participatifs permettant le montage des projets de restauration.

6.    La création d’un label « Capitale régionale du patrimoine »

La labellisation des atouts culturels d’un territoire est une pratique déjà utilisée par de nombreuses collectivités. Elle s’accompagne d’un cahier des charges plus ou moins stricte et protecteur pour le patrimoine concerné. Au delà des appellations les plus connues décernées par l’UNESCO et le Ministère de la Culture, les labels apposés en Île-de-France souffrent d’une grande hétérogénéité et généralement d’une faible reconnaissance par les acteurs du tourisme.

Cependant, la volonté d’attirer la lumière sur le patrimoine et les atouts touristiques méconnus des villes moyennes et du patrimoine trop peu connu est louable et vertueux pour le développement économique et la protection du patrimoine francilien.

Renouvellement de l’offre

Tout d’abord, décerné pour une année, le label régional « Capitale régionale du patrimoine » assurera le renouvellement de l’offre touristique. C’est l’un des objectifs de la nouvelle stratégie touristique et il correspond aux orientations du nouveau tourisme qui cible les destinations authentiques et méconnues tel que décrites par l’étude de l’OCDE publiée en 2014.

Ce label sera destiné à récompenser un projet de valorisation du patrimoine francilien dans les territoires touristiques trop peu connus mais qui méritent d’être mis en avant pour leur intérêt régional, national mais aussi européen ou international. En montrant la richesse et la diversité du patrimoine francilien – historique, industriel, culturel -, ce dispositif rendra compte de la pluralité de l’héritage des générations précédentes.

Rassembler les acteurs du patrimoine autour d’un projet fédérateur

L’un des principaux avantages des labels européens réside dans sa capacité à faire émerger des projets fédérant les différents acteurs d’un territoire. La valorisation du patrimoine suscite de nombreuses initiatives d’acteurs publics, associatifs et privés, mais elle reste marquée par un manque de synergie et de collaboration. En proposant de décerner un label pour un territoire, la Région favorisera le dialogue entre les parties prenantes pour la conduite d’une stratégie partagée autour d’une identité commune. Nous proposons ainsi que l’implication des associations, des citoyens et des partenaires privés puisse faire l’objet d’un critère spécifique de l’appel à projets.

Lancer des actions de valorisation expérimentales et ressusciter des manifestations oubliées

La valorisation du patrimoine passe souvent par l’organisation de manifestations : festivals, animations, spectacles, marchés d’art, concerts etc. Leur mise en œuvre est souvent complexe pour un territoire dont les atouts sont méconnus. L’attribution du label régional annuel sera l’occasion d’expérimenter des actions de valorisation qui pourront être poursuivies par la suite si elles sont couronnées de succès.

Les territoires lauréats seront également incités à faire vivre de nouveau les fêtes locales oubliées ou en déshérence qui font aussi partie du patrimoine régional. Ces fêtes pastorales, professionnelles, marchandes, gastronomiques ou culturelles ont longtemps rythmé la vie des quartiers et des communes de notre région et racontent l’identité de leurs habitants.

Une mise en œuvre concertée

Rencontrée dans le cadre de cette mission, l’Association des maires d’Île-de-France s’est montrée particulièrement intéressée pour participer à la mise en œuvre de ce nouveau dispositif. Elle a salué la volonté de valoriser l’action des territoires franciliens en matière de valorisation patrimoniale, en particulier lorsqu’elle est réalisée avec la participation des associations et des entreprises locales. La forte implication de ces dernières sur le territoire régional montre tout l’intérêt que les acteurs locaux portent à la protection du patrimoine.

Le comité régional du tourisme et les moyens de communication de la Région Île-de-France pourront être sollicités pour relayer auprès des Franciliens, des touristes et des acteurs du secteur les manifestations entreprises dans le cadre de ce dispositif. L’attribution du label pourrait également permettre au territoire lauréat de bénéficier prioritairement des fonds régionaux pour l’organisation de manifestations patrimoniales et pour l’acquisition d’équipements modernes pour les sites patrimoniaux.

Des partenariats avec des entreprises privées ou publiques impliquées dans le secteur touristique pourraient aussi être recherchés afin de maximiser la visibilité du dispositif et les actions qui en découlent.

Avec l’objectif de faire ce label un outil de transmission de l’héritage historique de l’Île-de-France, les publics scolaires de toute la région, et en particulier les lycées, pourront être incités à participer aux actions de valorisation.

Nous faisons également la proposition que le jury de sélection du territoire lauréat intègre, outre les représentants du Conseil régional, des personnalités qualifiées à même de garantir la qualité du patrimoine concerné et de conférer au label suffisamment de légitimité pour le grand public. Les lycéens pourraient aussi être intégrés au processus de sélection.

Voilà ainsi résumés les entretiens que j’ai eus avec plusieurs acteurs du patrimoine d’Île de France, professionnels du tourisme, représentants d’associations et de la fondation du patrimoine, maires, responsables administratifs de notre région à qui j’adresse mes remerciements renouvelés. J’espère vivement que leurs éclairages, analyses et propositions seront de nature à enrichir votre future délibération-cadre sur le petit patrimoine. Et je formule également le vœu que ce prochain dispositif devienne une référence et un exemple pour l’ensemble des régions françaises.

 

 

Partager sur
  • Partager via Facebook
  • Partager via Google
  • Partager via Twitter
  • Partager via Email