« La crise de confiance dans l’Union européenne trouve sa source dans un manque de leadership démocratique et de vision pour le continent »

A l’occasion de la venue du président du Parlement européen au conseil régional d’Île-de-France, Yann Wehrling lui a posé une question sur l’avenir des institutions européennes et des fonds structurels. Retrouvez le texte de la question en dessous de la vidéo.



 

« Monsieur le Président,

Au nom du groupe que je préside, je souhaite vous remercier de votre présence parmi nous aujourd’hui. C’est la première fois que le président d’une institution européenne participe à nos travaux.

Je ne suis pas le premier à en faire état ici mais le départ annoncé du Royaume-Uni et la crise de confiance qui s’est installée entre les citoyens et l’Europe imposent une forte réaction de la part des responsables européens. Le président de la commission européenne a ainsi lancé un débat sur l’avenir de l’Union. Ce débat crucial se double des négociations sur le prochain cadre financier multi-annuel.

Nous savons qu’après les élections allemandes dimanche, et avant les élections italiennes au printemps, les dirigeants des Etats membres construiront une feuille de route précise. Et c’est dans ce cadre que nous aimerions vous transmettre nos préconisations et vous demander quelles sont les pistes que vous porterez au nom du Parlement européen.

La crise de confiance trouve sa source dans un manque de leadership démocratique et de vision pour le continent. C’est pour cela que nous souscrivons aux propositions de fusionner les présidences européennes exécutives formulées par M. Juncker lors du discours sur l’état de l’Union, de créer un poste de ministre de la zone euro ainsi que d’élire des listes transnationales lors du prochain renouvellement du Parlement européen.

Nous nous interrogeons aussi sur la place que doivent prendre les régions dans la complexité institutionnelle européenne. Le Comité des Régions, dont les représentants français sont désignés par décret du premier ministre, doit être davantage écouté et sa composition doit mieux refléter l’équilibre politique des territoires européens.

Sans cela, nous verrons se reproduire des situations comme le rejet du CETA par le parlement wallon l’an dernier. La nouvelle génération d’accords commerciaux implique de toucher à des normes européennes, nationales et locales. De la même façon, les dernières normes sur la qualité de l’air, adoptée en décembre 2016, impactent directement nos politiques et nos choix. Nous le voyons, les échelons de décision s’enchevêtrent de plus en plus.

Nous pensons donc qu’un nouveau modèle de gouvernance doit être imaginé et nous aimerions vous entendre à ce sujet. Le Parlement européen, reflet des orientations politiques des citoyens, devrait aussi être celui des territoires en se rapprochant des assemblées territoriales. A l’instar de la conférence annuelle rassemblant parlementaires européens et parlementaires nationaux, créons une instance de dialogue entre le Parlement européen et les assemblées régionales !

A l’occasion des prochaines négociations budgétaires multi-annuelles, nous souhaitons vous exprimer notre préoccupation sur l’avenir de la politique de cohésion. Cette dernière est essentielle à la convergence écologique et sociale des territoires ainsi qu’à la transition écologique.

C’est en Europe qu’est née la valeur de solidarité et c’est aujourd’hui notre continent qui est aux avant-postes des négociations internationales sur la protection du climat. Votre institution reconnaissait d’ailleurs en juin dernier que la politique de cohésion avait été essentielle à l’atténuation des effets de la crise économique.

Nous plaidons donc pour que les fonds structurels post-2020 soient ambitieux. Sachons être à la hauteur des enjeux dans le cadre des négociations budgétaires. Nous aimerions également que soient revues les conditions de versement de ces financements : trop de porteurs de projets sont découragés par la multiplication des critères.

Nous en discutions encore il y a peu dans cet hémicycle : une association qui forme des demandeurs d’emploi ne peut compter sur le versement du solde qu’un an après la fin du projet !

Cela alimente bien entendu la défiance vis-à-vis de l’Europe. Faisons davantage confiance aux régions et aux acteurs dont l’efficacité est reconnue par tous. Arrêtons d’ajouter des normes et des formulaires là où ils n’apportent aucune valeur ajoutée et libérons ainsi les énergies.

Devant les multiples défis auxquels notre civilisation fait aujourd’hui face, nous sommes bien entendu convaincus que la construction européenne est un atout indéniable. Des crises, l’Europe est toujours sortie plus forte. Sachons reconnaître les faiblesses du modèle actuel et profitons des prochains mois pour faire notre aggiornamento.

Je vous remercie »

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