« L’Île-de-France est le premier désert médical de France »

Sandrine Lamiré-Burtin est intervenue lors de la séance plénière du conseil régional suite à la présentation par Farida Adlani, vice-présidente MoDem, de la stratégie de la région pour lutter contre les déserts médicaux. Retrouvez le texte de l’intervention en dessous de la vidéo.


 


 

« Madame la Présidente,

Madame la Vice-Présidente,

Mes chers collègues,

L’Île-de-France est le premier désert médical français avec 4 départements particulièrement fragilisés par une faible densité de généralistes : la Seine-Saint-Denis, l’Essonne, la Seine-et-Marne et les Hauts-de-Seine. Paris quant à elle, bien pourvue voit les effectifs de généralistes fondre de 25% depuis 2007, accusant la plus forte baisse en France.

Les raisons de cette pénurie sont multiples et nous en connaissons les causes :

–   des besoins de médecins en ville en augmentation, tout d’abord, avec le vieillissement de la population, les maladies chroniques et le virage ambulatoire.

–   Ensuite, une offre de médecins en pleine mutation, qui voit partir davantage de généralistes à la retraite que de jeunes qui s’installent (soit une perte de 1300 praticiens chaque année). Notons aussi que les modes d’exercice de la profession évoluent : les médecins n’acceptent plus de faire de longues journées, la féminisation de la profession et le rééquilibrage des fonctions homme/femme dans la société incitent les jeunes médecins à devoir concilier activité et vie de famille. Dernier facteur : la volonté grandissante d’exercer en groupe – privilégiant le salariat- pour éviter la lourdeur administrative du statut libéral.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 8 médecins libéraux sur 10 -de moins de 40 ans- travaillent en groupe.

Les gouvernements se succèdent, les mesures incitatives d’installation se multiplient mais force est de constater que les territoires carencés n’attirent toujours pas les professionnels de santé considérés comme peu attractifs pour leur cadre de vie et de travail.

Par son périmètre d’intervention la région met les moyens financiers pour lutter contre ce fléau. Cette année encore, ce sont 2 millions d’euros qui ont été affectés dans les bourses et les aides à l’installation. Pas moins de 25 projets que la Vice-Présidente est venue défendre en commission santé.

Mais les dispositifs existants ont atteint leurs limites et ce nouveau rapport – fruit du travail avec l’ARS – pointe les dysfonctionnements du système actuel, trop restrictif et rigide face à la diversité des situations locales :

        Nous élargirons le périmètre géographique de l’aide, en ne tenant pas compte uniquement du zonage de l’ARS, qui n’est plus à jour. Nous nous adapterons ainsi aux situations individuelles, mal considérées actuellement, comme le départ à la retraite imminent d’un praticien.

        Nous allons ensuite élargir l’aide régionale à tous les modes d’exercice – individuel, collectif ou salariat – de secteur 1 ou 2 dont le tarif est encadré par l’assurance maladie. Rappelons que le prix du foncier en Île-de-France conduit de nombreux praticiens à basculer du secteur 1 au secteur 2.

         Enfin, nous rendrons éligibles les travaux de sécurisation car c’est une grande préoccupation des professionnels de santé franciliens. L’Île-de-France est marquée par les violences à leur égard, les généralistes étant les plus touchés.

Je me félicite que la Région ne s’arrête pas à la modernisation de son régime d’aide mais développe les innovations les plus récentes en soutenant les expérimentations de télémédecine. Plébiscitée par l’Ordre des médecins, elle paraît être une solution pour soulager la charge de travail des médecins. La France accuse du retard dans ce domaine alors que nous disposons de nombreuses start-up efficaces et innovantes en matière de télémédecine ainsi que dans le développement d’outils technologiques connectés à finalité médicale notait un rapport du Sénat rendu en avril dernier.

Néanmoins, la lutte contre cette fracture médicale ne sera possible qu’avec l’intervention de l’Etat, qui prépare actuellement une nouvelle série de mesures. Nous espérons que la Région travaillera de concert avec l’Etat en matière de formation des professionnels de santé mais aussi en faveur du développement de services individualisés d’aide à l’implantation des généralistes et spécialistes.

En tant que présidente de la commission santé, je tenais à souligner la qualité des échanges et contributions des commissaires autour de ce rapport ainsi que l’audition du directeur du pôle ambulatoire de l’ARS qui a nourri notre réflexion notamment sur les enjeux de la démographie médicale en Île-de-France.

Madame la Présidente, Madame la Vice-Présidente, nous vous félicitons avant tout du partenariat que vous avez développé avec l’ARS pour lutter et prévenir la désertification. Ayons à cœur de poursuivre ce travail au niveau local, notamment au sein des commissions de réflexion sur les projets territoriaux de santé.

Je vous remercie »

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