JDD – Tribune de Bruno Millienne pour une Métropole régionale en Ile-de-France

Dans une tribune parue dans le JDD le 2 novembre, Bruno Millienne, député des Yvelines, plaide en faveur d’une simplification drastique de l’organisation territoriale en Ile-de-France avec la création d’une véritable métropole couvrant l’intégralité du territoire régional.

Vous pouvez retrouver sa tribune sur le site du JDD ou ci-après.


 

« En matière de décentralisation, les pouvoirs publics, refusant de trancher, incapables de supprimer des strates quand ils en ajoutaient d’autres, ont organisé de longue date la paralysie et la complexité. C’est-à-dire l’inverse d’une décentralisation bien pensée, inspirée tout à la fois par le principe de subsidiarité, l’efficacité de l’action publique et le meilleur service rendu aux citoyens. Dans ce décor, l’Île de France détient le record, avec six échelons d’administration : région, métropole, territoires, intercommunalités, communes et groupement de communes. De quoi donner le tournis à une toupie !

La « simplification drastique » telle qu’évoquée par le président de la République devient une absolue nécessité. Ce système enchevêtré et illisible, interdit toute action cohérente et de long terme. Comme l’a rappelé le Premier ministre à l’occasion des questions d’actualité au gouvernement du 10 octobre dernier, « tout le monde convient que le statu quo n’est plus possible, la question aujourd’hui est d’inventer – de par la spécificité de l’Ile-de-France – quelque chose qui ne trouve son égal nulle part ailleurs en France et qui répond aux exigences de compétitivité, qualité de vie et de solidarité et de partage des richesses ». En effet, un système politique ne peut perdurer et fonctionner en faisant coexister trois poids lourds, la Région, la Métropole et Paris. A l’heure du Brexit et de la concurrence de plus en plus forte entre les capitales mondiales, nous avons besoin d’une unité de commandement et non d’une juxtaposition de « féodalités », défendant à cor et à cri leurs prérogatives sans souci de l’intérêt général des Franciliens.

Dans le cadre des débats que nous aurons à l’occasion de la conférence du Grand Paris, le gouvernement devra donc répondre à toutes ces inquiétudes, dont celle de voir s’installer une Île-de-France à deux vitesses. Ce fut une erreur du précédent gouvernement de réduire le périmètre de la Métropole au seul ancien département de la Seine, excluant de fait cinq millions de Franciliens et faisant peser le risque d’une marginalisation des territoires péri-urbains et ruraux de la grande couronne. La solution ne peut consister à incorporer à la métropole actuelle les territoires les plus dynamiques des départements de grande couronne comme Roissy ou le plateau de Saclay.

Alors, que faire ? Sans préjuger des plans du gouvernement, il convient d’attirer l’attention sur les incohérences que soulèverait une métropole nouvelle génération englobant les seuls départements de la petite couronne.

A l’horizon 2030, la pression foncière et démographique, combinée à l’extension des infrastructures de transports, augmentera l’attractivité des territoires situés dans les départements de la grande couronne. Ce mouvement rend de fait obsolète le périmètre de cette formule métropolitaine. Il en est de même pour les pôles de compétitivité et les bassins d’emplois, déjà identifiés et dépassant eux aussi les frontières du Grand Paris.

Se restreindre à une métropole du tout urbain, ce serait aussi se priver de faire de l’Ile-de-France un véritable laboratoire agricole et technologique. Riches de nos nombreuses terres agricoles, exploitations et filières d’excellence en grande couronne, nous pourrions rapidement mettre en projet l’agriculture du 21e siècle qui permettra aux agriculteurs de vivre de leur dur labeur, et de planifier un modèle agricole en adéquation avec les besoins de la population, les exigences des consommateurs et le respect de l’environnement.

Laboratoire technologique, enfin, car l’Ile-de-France concentre un immense vivier en R&D – hors des murs de la Métropole – qui peut devenir, dès demain, une vitrine de la French Tech.
Le bon périmètre métropolitain, le plus cohérent, est donc celui de l’Île de France, par une fusion de la Métropole et de la Région.

A l’image du Grand Londres, un partage des compétences sur deux niveaux : région et intercommunalités, apparaît opportun. L’échelon régional exercerait les compétences stratégiques relatives à la planification des politiques publiques, aux grands équipements et à l’attractivité économique. Les intercommunalités hériteraient des compétences de proximité. La fiscalité locale devra être repensée.

De même, les compétences des départements franciliens devront être progressivement redistribuées à la Région pour l’attractivité et aux intercommunalités pour les dispositifs de soutien aux communes et aux personnes en difficultés. Libre-choix devra être laissé aux intercommunalités rurales souhaitant préserver la pertinence de l’échelon départemental et rejoindre l’un des départements limitrophes de l’Île-de-France.

Pour faire gagner l’Ile-de-France et les Franciliens, une chose est certaine, le gouvernement devra sortir des sentiers battus, se montrer à l’écoute de tous les acteurs, faire preuve d’innovation tout en gardant à l’esprit l’impératif de solidarité entre territoires. De façon à ce que, enfin, personne ne soit laissé sur le bas-côté de la route. »

Bruno Millienne, député des Yvelines et conseiller régional d’Ile-de-France

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